Sortie conjointe avec l’ONF sur une relique de forêt semi-sèche à Cilaos

Mercredi 16 octobre, l’assistant technique du projet a accompagné l’Office National des Forêts (ONF) sur une relique de forêt semi-sèche située à Cilaos, dans le cadre du projet RHUM (Réhabilitation d’Habitats Uniques au Monde). Ce programme, sélectionné à l’issue d’un appel à projets SNB (Stratégie nationale pour la Biodiversité) et mis en oeuvre par le Conservatoire Botanique de Mascarin, l’ONF et le Parc National de la Réunion, vise à renforcer des populations d’espèces protégées en plusieurs endroits de l’île. La liste d’espèces concernées fait la part belle aux espèces de la forêt semi-sèche et c’est dans ce cadre tout naturellement que l’ONF a proposé à la cellule LIFE+ de se joindre à la démarche entamée.

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Individu de Dombeya populnea replanté dans le cadre du projet LIFE+ COREXERUN

L’objectif de cette sortie de terrain était de se rendre sur la zone pressentie pour des plantations de Bois de senteur bleu, Dombeya populnea, afin d’en évaluer conjointement la faisabilité. Il est ainsi prévu d’y réintroduire une cinquantaine d’individus, à proximité d’une station naturelle composée de moins de 10 pieds.Cette espèce est également visée par le projet LIFE+ COREXERUN, avec 135 individus qui ont été replantés en partie haute du site de la Grande-chaloupe. L’espèce, ardemment recherchée pour ses présumées vertus médicinales est aujourd’hui dans un état de conservation critique en raison de l’écorçage des derniers individus existants et de la dégradation de son milieu. Le statut dioïque du Bois de senteur bleu (pieds mâles et femelles séparés) et la consommation de ses fruits par le rat rendent sa survie encore plus délicate.

Les récoltes effectuées sur les semenciers les plus proches du site de réintroduction ont dores et déjà permis de produire 45 plants contenus dans des godets de 5 et 1 litre et qui pourront être replantés lors de la prochaine saison des pluies. Il reste donc à s’assurer que la zone pressentie soit adaptée et à planifier les étapes de la mise en terre, d’où l’intérêt d’un échange d’expérience avec la cellule LIFE+ COREXERUN. La première impression qui ressort de la zone étudiée est son état de dégradation avancé, avec une diversité floristique assez faible (dizaine d’spèce indigènes communes) et des strates basse et intermédiaire largement dominées par le Galabert, Lantana camara, et le Choca vert, Furcraea foetida. Néanmoins après un examen plus approfondi on parvient à retrouver des régénérations et recrues (jeunes plants ayant dépassé le stade de plantule) indigènes, notamment de Bois d’olive gros peau, Pleurostylia pchyphloea, de Bois d’olive noir, Olea europaea ou de Bois de quivi, Turraea thouarsiana.

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Régénérations de Bois d’olive noir, Olea europaea, bloquées par le Galabert

L’état de dégradation ne représente pas un risque d’échec dans la mesure où le Bois de senteur bleu est une espèce héliophile qui devrait parfaitement s’adapter à ces conditions très lumineuses. Le caractère très sec du terrain incite néanmoins à prévoir quelques plantations sous les individus indigènes de grande taille (Olea europaea, Olea lancea, Doratoxylum apetalum essentiellement) afin que certains pieds bénéficient de conditions moins rustiques. En effet le deuxième point marquant du site est l’extrême sécheresse à laquelle la végétation doit faire face, avec de surcroît un sol décapé en raison de la forte érosion qu’ont eu à subir ces zones anciennement défrichées et pentues.

Illustration du caractère ouvert, pentu et fortement dégradé du site. En arrière plan, des individus indigènes de plus grande taille (Olea europaea essentiellement) devraient offrir des conditions moins difficiles.

Illustration du caractère ouvert, pentu et fortement dégradé du site. En arrière plan, des individus indigènes de plus grande taille (Olea europaea essentiellement) devraient offrir des conditions moins difficiles.

Il importe avant tout de supprimer les espèces exotiques qui colonisent les strates inférieures afin de pouvoir procéder aux plantations mais aussi de « libérer » les recrues indigènes dont la croissance est pour l’instant bloquée mais qui profiteront avantageusement de ce travail de lutte. Forte pente et ouverture du milieu importante incitent à la prudence et à une utilisation intelligence des rémanents issus de la lutte : mise en place de tas ou d’andains afin de limiter le risque d’érosion lors de la saison des pluies ; paillage des plants afin de leur garantir une certaine humidité.

L’accessibilité de la zone facilitera l’opération de plantation même si la mise en terre ne sera pas aisée du fait de la pente et du peu de sol. Ces plantations se feront à faible densité (1 plant pour 10m2) ce qui devrait permettre de trouver suffisamment d’emplacements propices.

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